Poèmes

Safran

Dans  les doigts délicats qui les cueillent
Les fleurs de safran à peine écloses embaument
Leurs stigmates si convoités après séchage
Réjouissent le palais des gourmets
Par l’attention raffinée d’une cuisinière bienveillante
Bruno

safran

Lumière

Après la brume du matin
Un rayon de lumière illumine la rosée
Aussitôt le doux relief des collines au loin se dessine
Et dans les corolles des fleurs les abeilles butinent
Bruno

Etoiles

Les étoiles dans le ciel scintillent
Serait-ce un clin d’œil d’un autre monde
Ou les cillements d’un ange bienveillant ?
Bruno

Le petit domaine aux 23 cyprès

Que veulent me montrer ces doigts de verdure tendus vers le ciel bleu.
Chaque jour, Ils m’invitent à lever les yeux vers leurs pointes balançant au gré du vent.
Ils insistent et me disent : C’est le ciel qui t’interpelle.
Nous, nous indiquons uniquement la direction.
Le ciel sourit et envoya le soleil qui aussitôt rit de ses mille rayons.
Il me dit, vient petit ta place n’est plus ici.
Ampli de toute cette lumière ma cécité s’estompa.
Et je vis enfin dans toute son immensité le rayonnement de cette beauté.
Alors le Saint, Béni soit-Il dans sa gloire acquiesça.
Bruno

A Laudes

L’Aurore brillante et vermeille
Prépare le chemin au soleil qui la suit ;
Tout rit aux premiers traits du jour qui se réveille,
Retirez-vous, démons, qui volez dans la nuit.

Fuyez, songes, troupe menteuse,
Dangereux ennemis par la nuit enfantés :
Et que fuie avec vous la mémoire honteuse
Des objets qu’à nos sens vous avez présentés.

Chantons l’auteur de la lumière,
Jusqu’au jour où son ordre a marqué notre fin.
Et qu’en le bénissant notre aurore dernière
Se perde en un midi sans soir et sans matin.

Gloire à toi, Trinité profonde,
Père, Fils, Esprit Saint, qu’on t’adore toujours,
Tant que l’astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siècles même auront fini leur cours.

Jean Racine

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme !
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous ! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu !
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence !
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel ! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère !

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des autres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives !
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime !
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt ! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

Victor Hugo

Le chant de la cigale (haïku)

Rien ne dit
dans le chant de la cigale
qu’elle est près de sa fin

Basho

Un vieil étang
Une grenouille saute
Des sons d’eau

Basho

Crois à l’amour, même s’il est une source de douleur. Ne ferme pas ton cœur. (…) Le lotus préfère s’épanouir au soleil et mourir, plutôt que de vivre en bouton un éternel hiver.
Rabindranath Tagore, Le jardiner d’amour